Pour le séminaire MétaOrgTrans de Novembre, nous accueillons Joséa Guedje doctorante en socio-économie au LEST (https://lest.fr/fr/equipe/recherche/josea-guedje) sous la direction de Francesca Petrella (https://lest.fr/fr/equipe/recherche/francesca-petrella) et Gwendoline Promsopha (https://lest.fr/fr/equipe/recherche/gwendoline-promsopha). Elle nous présente une partie de son mémoire de master réalisé sous la direction de Bertille Thareau (sociologue au LARESS – https://www.groupe-esa.com/annuaire/thareau-bertille/) dans le cadre du programme Territoires à Agricultures Positives en région Aquitaine. Le programme avait pour objectif de financer 18 projets dans le sens de la transition agro-alimentaire durable et locale. Joséa a travaillé sur la capitalisation d’enseignements opérationnels que l’on peut tirer de ce programme et qui sont consignés dans un livre blanc [1]. Elle nous présente par la suite un projet humanitaire – Avenir Vert et Solidaire – lauréat du concours déclics Jeunes de la Fondation de France, qu’elle copilote en parallèle de son doctorat et qui vise à l’autonomie alimentaire d’orphelinats au Bénin [2][3][6].
Territoires à Agricultures Positives
Le programme Territoires à Agriculture Positives (TAP2) a financé de 2022 à 2024 des projets d’innovations autour des systèmes agro-alimentaires territorialisés en région Aquitaine – bassin Adour-Garonne. Une des missions du programme était de capitaliser des connaissances opérationnelles sur la mise en place des projets. Dans ce sens, l’enquête menée, entre autres par Joséa Guedje, sur les 18 projets qui composent le programme TAP2, fait ressortir trois formes principales d’ancrages territoriaux des projets : valoriser une production historique du territoire, fournir en produits locaux la restauration collective d’un territoire, mettre en place de nouvelles pratiques agricoles. De plus, quel que soit l’ancrage, l’enquête fait remonter un questionnement commun à tous les porteurs de projets : comment mobiliser et coordonner les acteurs au sein d’un territoire. Afin de faire un bilan autour de cette problématique – difficultés rencontrées, solutions trouvées, aspects facilitants – 4 projets du programme ont été retenus pour être étudiés en profondeur. L’étude a consisté en entretiens semi-directifs avec les porteurs et les acteurs impliqués dans ces projets, ainsi qu’en la reconstitution des réseaux d’interactions entre ces acteurs.
Afin de traiter de la problématique de la mobilisation des acteurs, Joséa Guedje et ses collègues mobilisent les trois étapes centrales de la théorie de la traduction de Callon et les énoncent ainsi dans leur livre blanc [1 – p24] :
– “La problématisation, c’est-à-dire la formulation de problèmes à traiter ou du projet à construire et l’identification d’acteurs qui doivent absolument être associés”
– “L’intéressement, ou l’ensemble des actions qui permettent de sceller des alliances avec ces acteurs, en s’appuyant sur une compréhension fine de leurs intérêts”
– “L’enrôlement, qui consiste à négocier le rôle de chaque acteur dans le projet, à penser la façon de coordonner leurs actions.”
Pour la problématisation, 3 configurations typiques sont identifiées dans le programme : soit la problématique est portée par un acteur principal qui devra ensuite en intéresser d’autres pour la résoudre, soit elle est déjà portée par un ensemble d’acteurs, soit elle est identifiée par un diagnostic et concerne de nombreux acteurs sans que cette problématique soit centrale pour eux. En fonction de ces configurations des difficultés pourront apparaitre dans les étapes suivantes de la traduction. Par exemple, des acteurs pour qui la problématique n’est pas centrale sont plus difficiles à intéresser et peuvent même endosser des rôles importants pour la réussite du projet, fragilisant ce dernier. Dans d’autres cas, des acteurs peuvent voir leurs intérêts menacés par le déploiement du projet ce qui mène à des conflits dans les réseaux existants ou au sein même du projet etc.
Du point de vue des réseaux d’interactions on peut distinguer des réseaux centralisés – autour d’un acteur qui articule entre elles des communautés de travail chacune portant une action du projet – et des réseaux décentralisés – formés de plusieurs communautés interconnectées où le rôle des individus/acteurs qui créent les ponts entre les communautés est primordial. En fonction de ces formes, diverses menaces pèsent sur le projet. Par exemples, il y a la forte dépendance à l’acteur central et la hiérarchie implicite qu’il peut instaurer dans le projet ou encore, dans le cas décentralisé, le risque de concurrence et de conflits si plusieurs acteurs jouent des rôles similaires.
Pour plus de détails sur les situations, difficultés, aspect facilitants et leviers rencontrés aux différentes étapes de la traduction ou sur les formes que prennent les réseaux d’interactions et leurs implications, le lecteur pourra se reporter au livre blanc disponible en ligne [1].
Avenir Vert et Solidaire
Avenir Vert et Solidaire est une association présidée par Joséa Guedje et qui intervient au Bénin [2]. Joséa explique clairement la motivation derrière le projet et son objectif principale dans une vidéo disponible en ligne [3]. L’un de ces principaux objectifs est de doter les orphelinats du Bénin d’une relative autonomie alimentaire grâce à l’autoproduction piscicole et agricole, chacune étant rationalisée afin de profiter à l’autre : aquaponie. Dans l’aquaponie, l’eau fertilisée par l’aquaculture (élevage des poissons ici), est utilisée en hydroponie (culture de plantes par eau enrichie en nutriments). En plus de l’autonomie alimentaire, l’aquaponie fournirait aux orphelins une alimentation plus riche, équilibrée et complète. Le projet comporte aussi un volet de sensibilisation des orphelins au tri des déchets. Avenir Vert Solidaire est un projet lauréat de la Fondation de France qui le finance en partie [4]]. Si le projet vous touche et que vous souhaitez l’aider, n’hésitez pas à participer financièrement [5] pour ses journées de lancement [6].
Rédaction : V. Barbet
Relecture : J. Guedje
Références :
[1] Livre blanc du programme Territoires à Agricultures Positives : https://www.chaire-mutations-agricoles.com/publication/livre-blanc-territoires-a-agricultures-positives/
[2] Site du projet Avenir Vert et Solidaire : https://www.linkedin.com/company/avenir-vert-solidaire/posts/?feedView=all
[4] Site de la Fondation de France : https://www.fondationdefrance.org/fr/annuaire-des-fondations
[6] https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7268256500291145730